À la recherche de Mary Tabor et à la redécouverte d’Edward Bach

Tout a commencé avec la lecture du dernier livre du Dr Ricardo Orozco, Fleurs de Bach Le Pouvoir de la Spiritualité.
Au détour de quelques pages, je découvre pour la première fois le nom de Mary Tabor. Elle y est présentée comme une étroite collaboratrice du Dr Bach. Et là, forcément, je m’interroge.

Comment se fait-il que je n’aie jamais entendu parler d’elle jusque-là ? Qui était-elle vraiment ? Quelle place avait-elle occupée auprès d’Edward Bach ? Et surtout, comment une femme qui semblait avoir été aussi proche de lui avait-elle pu devenir invisible dans l’histoire qui nous a été transmise ?

Ce que j’ai découvert dans le livre de Ricardo Orozco m’a amenée à explorer d’autres pistes. Notamment un ouvrage en espagnol, auquel il fait allusion : María Tabor, Enigma y Misterio, de E. H. Grecco, L. J. Bautista et L. Jiménez.

Puis j’ai eu envie de revenir aux textes d’Edward Bach lui-même, de reprendre les travaux de Julian Barnard, le livre de Nora Weeks (Les Découvertes Médicales d’Edward Bach, médecin), mais aussi de chercher les témoignages de personnes qui avaient connu Bach, et de fil en aiguille j’ai découvert des « chercheurs » comme Jan Stewart, figure britannique de la thérapie florale, qui a beaucoup enquêté et écrit sur le Dr Bach.

Et ce qui devait être au départ une simple curiosité s’est progressivement transformée en véritable enquête. Plus j’avançais dans mes recherches, plus quelque chose d’autre se passait : je redécouvrais aussi Edward Bach lui-même.

Un Bach beaucoup plus humain, bien loin de l’image presque hagiographique qui nous en a été transmise, non plus seulement le médecin brillant, le bactériologiste ou celui qui a découvert les 38 élixirs floraux que nous connaissons aujourd’hui, mais l’homme derrière l’œuvre, ses choix, ses relations, sa spiritualité, ses contradictions, ses souffrances aussi.

Et, peu à peu, une question s’est imposée à moi : qu’avons-nous réellement hérité d’Edward Bach, qu’avons-nous laissé en chemin, et pourquoi ?

Quand j’ai commencé à chercher des informations sur Mary Tabor, je me suis rapidement laissée porter par l’idée d’une rivalité, professionnelle ou sentimentale, avec Nora Weeks.

Nora Weeks est évidemment la figure incontournable de l’histoire des Fleurs de Bach. C’est elle qui restera à Mount Vernon après la mort d’Edward Bach et qui jouera un rôle essentiel dans la préservation, la transmission et la diffusion de son œuvre.

Mary, au contraire, est aujourd’hui presque absente de cette histoire.

Il serait donc assez facile d’imaginer deux femmes opposées autour d’un même homme. Mais au fil de mes recherches, cette lecture est devenue trop simple.

Mary Tabor

Mary Tabor n’est pas simplement une connaissance d’Edward Bach.
Elle fait véritablement partie de son entourage proche dans les dernières années de sa vie.

Elle vit à Wellsprings, une maison située à quelques minutes à pied de Mount Vernon (Sotwell) et d’où Edward Bach a écrit un certain nombre de courriers. Elle fait partie de son équipe, aux côtés de Nora Weeks et de Victor Bullen, et elle reçoit elle aussi des personnes en consultation. Ce point me paraît important, parce qu’il montre que Mary n’était pas seulement une amie ou une personne de passage, elle participait réellement au travail lié à la thérapie florale.

Son nom apparaît également sur le certificat de décès d’Edward Bach : c’est elle qui a organisé son inhumation. Le document indique Wellsprings comme lieu de résidence et mentionne R. M. Tabor (de son vrai nom Rhona Margaret Tabor).
Là encore, cela ne nous dit évidemment pas tout de leur relation, mais cela confirme au minimum la place importante qu’elle occupait auprès d’Edward Bach au moment de sa mort.

Une lettre écrite quelques jours après la mort de Bach :

Edward Bach meurt le 27 novembre 1936.
Quelques jours plus tard, le 3 décembre, Mary écrit une lettre. Et cette lettre est particulièrement intéressante et touchante, parce qu’elle nous entraîne dans une dimension de l’histoire d’Edward Bach que nous connaissons beaucoup moins :
Mary ne décrit pas seulement un homme ou un médecin, elle parle d’une expérience spirituelle. Elle écrit notamment au sujet des personnes qui lui ont rendu visite avant son dernier souffle : « Nous avons vu le Christ. »
Cette phrase est très forte. Elle nous oblige à nous interroger sur la nature de ce qui était vécu autour d’Edward Bach dans les derniers temps de sa vie. On peut évidemment choisir de lire cette phrase de manière symbolique mais on peut aussi la comprendre dans un sens mystique.

Dans tous les cas, elle montre que pour Mary, ce qui se vivait autour d’Edward dépassait largement la simple découverte des élixirs floraux.

Pour comprendre ce qui a pu se jouer autour d’Edward Bach, et notamment entre Mary et Nora, il faut d’abord s’intéresser à Edward Bach lui-même. Et pour cela, j’ai envie de revenir à un événement important de sa vie, au cours duquel quelque chose a vraisemblablement basculé.

En 1917, Edward Bach traverse une grave crise de santé – La Transformation ?

Depuis plusieurs années déjà, il demande énormément à son corps. Il travaille sans relâche, dort peu, se repose très peu et pousse son organisme jusqu’à l’épuisement.
Nora Weeks raconte qu’il travaillait parfois jusqu’à se sentir tellement mal qu’il pouvait s’effondrer sur sa table de laboratoire.
En juillet 1917, une grave hémorragie survient. Edward Bach perd connaissance et doit être opéré en urgence. Son état est extrêmement préoccupant.

Il survit à l’opération, mais le pronostic reste très sombre : les médecins ne lui donnent que quelques mois à vivre.

Et je pense que cet épisode représente bien plus qu’une simple épreuve médicale dans son parcours.

Jusque-là, Edward Bach parlait de la maladie en tant que médecin. À partir de ce moment-là, il la vit dans sa chair, il connaît la fragilité du corps, l’opération, la douleur, l’impuissance et surtout la perspective de sa propre mort.

D’ailleurs, Julian Barnard insiste beaucoup sur l’importance de cette expérience dans la construction ultérieure de sa pensée.

Et effectivement, au fil des années suivantes, Edward Bach va développer une conception très particulière de l’être humain, qui n’est pas matérialiste. Pour lui, il ne se réduit pas à son corps physique. Il distingue la personnalité et l’âme, ou le Moi supérieur.

Et lorsqu’un conflit s’installe entre cette personnalité et l’aspiration profonde de l’âme, la maladie peut devenir un signal, une messagère, une manière d’indiquer qu’une disharmonie s’est installée.

La maladie n’est donc plus seulement quelque chose que l’on doit combattre, mais écouter : elle peut aussi avoir quelque chose à nous dire. Et cette idée va devenir centrale dans toute son œuvre.

Les auteurs de María Tabor, Enigma y Misterio proposent une lecture de cette crise de 1917 qui m’a particulièrement intéressée :

Ils la rapprochent de la Nigredo, la première étape du Grand Œuvre Alchimique.

Dans cette symbolique, la Nigredo correspond à une phase de dissolution, de décomposition de ce qui existait jusque-là, mais aussi à une plongée dans l’ombre, dans ce qui a été écarté ou tenu à distance de la conscience.

Les auteurs s’interrogent alors sur ce qui se joue réellement pour Bach à ce moment-là.

Pourquoi un homme qui connaissait forcément la fragilité de son état continuait-il à travailler jusqu’à l’épuisement ? Y avait-il uniquement son désir d’aider et de servir, ou existait-il aussi une souffrance personnelle dont il cherchait peut-être à s’éloigner en se plongeant dans le travail ? Et surtout, quel sens cette maladie pouvait-elle avoir dans son parcours ?

Ils posent alors une question qui m’a vraiment percutée : cette crise physique extrêmement profonde pouvait-elle être aussi une crise initiatique, une étape de rupture avant un nouveau commencement ?

Après son opération, Edward Bach traverse d’abord une période très difficile. Pour un homme aussi actif et déterminé, se retrouver immobilisé, avec l’idée qu’il ne lui reste que quelques mois à vivre, est presque insupportable. Puis quelque chose change progressivement.

Nora Weeks raconte qu’il finit par se réconcilier avec cette idée (l’acceptation) et qu’il décide que, s’il doit mourir, il utilisera au moins les quelques semaines qui lui restent pour poursuivre son travail.

Encore très affaibli, il retourne alors au laboratoire et se plonge de nouveau dans ses recherches au point de perdre toute notion du temps. La lumière de son laboratoire reste allumée nuit et jour, au point qu’on la surnomme « la lumière qui ne s’éteint jamais » (Nora Weeks).

Et peu à peu, contre toute attente, son état s’améliore.
Pour les auteurs de María Tabor, Enigma y Misterio, ce qui se joue là est essentiel.

La crise ne disparaît pas simplement. Edward Bach semble lui donner un sens (consciemment ou pas) : il transforme ce qui pouvait être vécu comme une condamnation en ressource. Il retrouve une raison de vivre, une direction, un but.

Nora Weeks rapporte qu’il en tira lui-même l’idée qu’un intérêt profond, un grand amour, ou un but défini dans la vie pouvaient être des forces essentielles dans l’existence d’un être humain.

Les auteurs vont encore plus loin dans leur interprétation : pour eux, Edward Bach traverse à ce moment-là une véritable épreuve de transformation : il passe par la peur, l’angoisse, la proximité de la mort, mais aussi par une confrontation à ses propres limites et à sa part d’ombre. Cette épreuve ne le laisse pas indemne.
Ils parlent véritablement de la naissance d’un « nouveau Bach », transformé par la souffrance et par ce qu’il vient de traverser.

À partir de là, sa manière de regarder la maladie change profondément.
Elle n’est plus seulement le signe que quelque chose fonctionne mal dans le corps, mais elle peut aussi devenir l’expression d’un conflit plus profond, une manière pour l’âme de faire entendre quelque chose qui ne parvient pas à être entendu autrement.

Les auteurs considèrent donc cette proximité avec la mort comme le franchissement d’un seuil.

Bien sûr, la rupture deviendra beaucoup plus visible lorsqu’il quittera Londres en 1930. Mais il est déjà possible de voir dans la crise de 1917 une ligne de séparation entre deux périodes de sa vie.

Bien évidemment, rien ne permet d’affirmer qu’Edward Bach ait lui-même consciemment interprété cette expérience comme un processus alchimique, mais cette grille de lecture est tout à fait plausible. Et lorsque l’on connaît la suite de son parcours, cette hypothèse me paraît particulièrement pertinente.

Edward Bach ne sort pas simplement vivant de cette épreuve, il en sort différent.

Quand le costume du médecin devient trop étroit (au sens propre comme au sens figuré)

Edward Bach est alors un médecin connu et reconnu. Il travaille dans les hôpitaux londoniens, s’intéresse à l’homéopathie, développe ses nosodes qui seront utilisés pendant longtemps, il a son propre laboratoire à Park Crescent et son cabinet florissant sur Harley Street. Il aurait pu continuer cette carrière brillante et prestigieuse, avec la reconnaissance de ses pairs.

Mais progressivement, il s’en éloigne. C’est durant cette période qu’il découvre ses premières fleurs. Il abandonne peu à peu le laboratoire, puis Londres, pour poursuivre ses recherches dans les campagnes anglaises et galloises, en quête d’une autre manière de soigner. C’est une rupture importante, parce qu’Edward Bach ne cherche plus seulement un remède capable d’agir sur un symptôme, mais quelque chose qui puisse agir sur l’être humain dans sa globalité.

Nora Weeks

C’est dans cette période que Nora Weeks entre véritablement dans son histoire.

Elle travaille comme radiologue à Park Crescent (là où se trouve son laboratoire), à Londres, lorsqu’elle rencontre Edward Bach.
À partir de 1930, elle l’accompagne dans une grande partie de ses recherches et de ses déplacements.

Elle l’accompagnera à Cromer, puis dans les différents lieux où Bach poursuit son travail avant leur installation à Mount Vernon. Elle devient son assistante, sa collaboratrice, et probablement l’une des personnes qui le connaissent le mieux dans les dernières années de sa vie. Certaines interprétations ont vu entre eux une relation plus intime.

Rien ne nous permet de l’affirmer avec certitude, mais ce que nous savons en revanche, c’est qu’elle sera présente jusqu’au bout et qu’après la mort d’Edward Bach, elle consacrera toute sa vie à préserver et transmettre son œuvre.

Archie Wright nous présente « Teddy »

Il existe un autre témoignage qui nous permet de découvrir un Edward Bach très différent : celui d’Archie Wright, qui avait personnellement connu Edward Bach et que Jane Stevenson (Conseillère Agréée en Angleterre) a rencontré et interviewé dans les années 80.

Archie ne parle d’ailleurs pas du docteur Bach. Il parle de « Teddy ». Et rien que ce surnom change déjà beaucoup de choses.

À travers lui apparaît un homme très sociable, extraverti, charismatique, qui aime rire, partager, discuter, et qui fait preuve d’une immense générosité. Lorsqu’il a de l’argent, il n’hésite pas à le distribuer aux plus démunis ou à le dépenser aussitôt. Un homme capable d’échanger avec des personnes de toutes conditions sociales, aussi à l’aise avec des pêcheurs ou des gens du voyage qu’avec les médecins et les scientifiques du milieu londonien qu’il avait fréquenté auparavant. Il semble aussi avoir aimé les pubs, les rencontres et le contact avec des communautés vivant très loin du monde auquel il avait appartenu.

Et plus les années passent, plus Bach semble s’affranchir des conventions. Ses vêtements deviennent très simples, parfois même un peu excentriques. Il porte de vieilles chaussures de tennis sans chaussettes ; il semble de moins en moins se préoccuper de l’image qu’il renvoie.

Archie nous donne également quelques indications beaucoup plus personnelles. Il dit que « Teddy » avait un certain succès auprès des femmes, il le décrit comme un « ladies’ man » (je préfère l’expression en anglais je la trouve beaucoup plus élégante !) mais aussi comme un véritable gentleman. Ce passage m’a forcément interpellée, non pas parce qu’il constituerait une vérité définitive sur Edward Bach — c’est uniquement le regard d’Archie — mais parce qu’il devient intéressant lorsqu’on regarde ensuite la vie affective d’Edward, généralement passée sous silence.

Archie raconte également une anecdote assez amusante : Teddy se serait confectionné un pantalon en prenant comme modèle un pantalon de Mary Tabor. Une anecdote qui illustre bien, à sa manière, le côté excentrique, anticonformiste et même rebelle d’Edward Bach !

Et surtout, Archie associe spontanément les deux lorsqu’il explique qu’à l’époque Teddy et Mary étaient considérés comme un peu étranges parce qu’ils étaient végétariens.

Encore une fois, cette phrase ne prouve absolument pas qu’ils formaient un couple. Mais elle montre quelque chose que je trouve intéressant : dans la mémoire d’un homme qui les avait personnellement connus, Teddy et Mary sont naturellement associés.

Le témoignage d’Archie me touche particulièrement parce qu’il fait descendre Edward Bach de son piédestal, sans pour autant le diminuer, bien au contraire ! Il nous restitue un homme réel, avec toute sa profondeur.

Un homme qui pouvait être profondément spirituel et qui pouvait aussi aller boire une bière dans un pub et fumer la pipe. Un homme qui parlait de liberté et qui, au fil des années, semble avoir de plus en plus incarné cette liberté d’être.

Une vie sentimentale beaucoup plus complexe qu’on ne l’imagine

Puisque nous parlons de l’homme derrière l’œuvre, il y a un autre aspect de sa vie que l’on évoque assez peu : sa vie sentimentale. Si j’en parle ici, ce n’est pas par curiosité mal placée, ou pour le juger, loin s’en faut, mais parce que ces éléments nous permettent de connaître le contexte dans lequel son œuvre a pris forme. Et elle aussi est loin d’être conventionnelle.

En 1913, Edward Bach épouse Gwendoline Caiger.
Mais alors qu’il est encore marié à Gwendoline, il entretient une relation avec celle qui deviendra sa deuxième épouse, Kitty Light.

En 1916 naît leur fille, Evelyn, surnommée Bobbie.
À ce moment-là, Edward Bach est toujours marié à Gwendoline.
Cette dernière meurt en 1917 et, quelques mois plus tard, Edward Bach épouse Kitty.

Leur relation ne durera cependant pas réellement dans le temps puisqu’ils finiront par se séparer.

Ces éléments remettent de la chair, du vivant dans le personnage et, loin de diminuer l’homme, ils me le rendent au contraire plus profond et plus cohérent encore avec ce qu’il enseignera ensuite.

Edward Bach n’est pas seulement le médecin inspiré marchant dans la campagne anglaise, en communion avec la nature, à la recherche des Fleurs, c’est aussi un homme qui a vécu une vie affective complexe, avec ses paradoxes, ses blessures et ses zones d’ombre. Et c’est un homme dont certains choix (professionnels et personnels) se situaient clairement en dehors des conventions sociales de son époque.

Alors, lorsque plus tard il écrira sur la liberté intérieure, la fidélité à soi-même ou encore sur l’importance de ne pas se laisser influencer ou guider par les autres et les conventions sociales, je ne peux m’empêcher d’y voir une certaine correspondance avec son propre parcours.

Lecture du livre de Mary

Jusque-là, j’avais surtout lu ce que d’autres personnes disaient de Mary Tabor, puis j’ai lu son propre livre, publié en 1938 sous le titre To Thine Own Self, que l’on peut traduire par Sois fidèle à toi-même.

Le livre est constitué de petites histoires, presque comme des nouvelles de quelques pages, qui mettent en scène des situations humaines.

Et pourtant, au fil de ces récits, on retrouve continuellement ce que je considère comme la quintessence de la philosophie d’Edward Bach : la liberté intérieure, la fidélité à soi-même, la non-possession, l’amour qui ne cherche pas à enfermer l’autre, la responsabilité individuelle, la connaissance de soi, le rapport entre la personnalité et l’âme, la capacité à dépasser certaines conventions lorsque celles-ci nous éloignent de notre vérité intérieure, l’Unité, la survivance de l’âme après la mort.

Ce qui m’a particulièrement frappée, c’est que chez Mary, cette philosophie n’est plus seulement exposée, elle est incarnée dans des histoires humaines, dans lesquelles nous pouvons aisément nous projeter. Elle est à l’œuvre dans des relations, dans des choix, dans des conflits, dans des situations très concrètes. Autre élément intéressant : certains personnages du livre seraient des personnifications d’Edward, de Mary, et même de Nora, appelée « la Dame aux Fleurs » dans le livre.
Au fil des récits, je me suis surprise à penser à certaines Fleurs qui pourraient correspondre à chaque personnage, ce qui donne à la lecture une dimension très plaisante.

Et c’est à ce moment-là que ma perception de Mary a vraiment changé.

Je ne la voyais plus seulement comme une femme proche d’Edward Bach, mais comme une femme qui semblait avoir profondément intégré son enseignement et qui continuait, à sa manière, de le transmettre.

Et pourtant, progressivement, Mary disparaît : elle disparaît des récits et de l’histoire officielle des Fleurs de Bach, son livre devient difficile à trouver, et n’est plus édité.

Son rôle auprès d’Edward Bach est très rarement évoqué, pour ne pas dire jamais.
Et pendant longtemps, lorsqu’on découvre l’histoire d’Edward Bach, on entend parler de Nora Weeks, de Victor Bullen, de Mount Vernon, mais pas de Mary Tabor ni de la maison de Wellsprings.

Et c’est précisément ce qui m’a donné envie de poursuivre cette recherche, parce que cette disparition me semblait disproportionnée par rapport à la place qu’elle avait réellement occupée dans les dernières années de la vie d’Edward Bach. Et c’est ici que les écrits de Julian Barnard m’ont apporté une autre clé de lecture.

Julian Barnard et les deux dimensions de l’œuvre

Cette recherche m’a aussi poussée à me replonger dans les écrits de Julian Barnard. Dans un passage de son livre Sur les Traces du Dr Bach et de ses Fleurs, il relève chez Edward Bach deux grands objectifs :

Le premier est extrêmement concret : mettre à disposition de tous une série de remèdes simples, naturels et faciles à utiliser.

Le second est beaucoup plus vaste : transmettre une conception de l’être humain, de la maladie, de l’âme et de son évolution.

Et Julian Barnard fait une remarque qui m’a beaucoup marquée :
« Le deuxième objectif est beaucoup plus facile à oublier que le premier. »

Et je trouve que c’est tellement vrai !

Aujourd’hui, on peut parfaitement prendre des Fleurs de Bach sans avoir jamais lu une seule page de Guéris-toi toi-même, ni connaître quoi que ce soit à la philosophie du Dr Bach.

La dimension thérapeutique s’est transmise, et se transmet encore, très facilement. En revanche, la dimension intérieure et spirituelle est restée en arrière-plan. Cette dimension exige de lire Edward Bach — et même entre les lignes ! — et d’aller chercher derrière les remèdes floraux, de s’intéresser à sa conception de l’être humain, de l’âme, de la maladie, de la liberté et de l’évolution.

Et quelque chose de particulièrement intéressant apparaît dans les derniers mois de sa vie, en 1936.

Edward Bach semble lui-même utiliser des registres très différents selon les personnes auxquelles il s’adresse.

Lorsqu’il parle au grand public, à Wallingford, son discours est extrêmement simple.
Il parle des remèdes, de leur simplicité et de la possibilité pour chacun de les utiliser.

Mais lorsqu’il s’adresse à un auditoire « initié », notamment lors de sa conférence maçonnique, son langage devient beaucoup plus spirituel. Il parle de l’étincelle divine, de l’âme, de la dimension intérieure de l’être humain.

Et lorsque j’ai retrouvé cela, je me suis posé une question : et si cette dualité n’était finalement pas apparue après la mort d’Edward Bach ? Et si elle existait déjà de son vivant, dans sa propre manière de transmettre son enseignement ?

D’un côté, une dimension exotérique : simple, pratique, immédiatement accessible à tous.

Et de l’autre, une dimension ésotérique, tournée vers la connaissance de soi, l’âme et le chemin intérieur.

Deux femmes, deux dimensions d’un même héritage ?

À partir de là, Nora Weeks et Mary Tabor ont pris une tout autre place dans mon esprit.

Il devenait de plus en plus difficile pour moi de les voir simplement comme deux femmes en rivalité.

Et j’en suis arrivée à une conviction personnelle assez forte : Et si, au contraire, elles avaient chacune porté une dimension différente d’un même héritage ?

Nora Weeks peut être vue comme la dépositaire du versant exotérique de l’œuvre d’Edward Bach : c’est elle qui va préserver les remèdes, leur préparation, leurs indications et leur utilisation. Elle va protéger le système, le structurer et permettre sa transmission.

Mary Tabor, elle, me paraît avoir porté davantage le versant ésotérique : celui de l’âme, de la liberté intérieure, de la connaissance de soi, de l’évolution, de cette philosophie que l’on retrouve dans les textes mêmes d’Edward Bach et que Mary semble avoir, elle aussi, profondément intégrée.

Et c’est précisément à cet endroit que ma première hypothèse d’une rivalité entre les deux femmes a commencé à s’effondrer.

Peut-être que chacune a simplement porté ce qu’elle pouvait porter, ou ce qu’elle souhaitait porter. Peut-être même que ces deux transmissions étaient nécessaires.

L’une pour que les remèdes survivent et soient accessibles au plus grand nombre, et que leur diffusion puisse se développer. L’autre pour que la dimension intérieure et spirituelle de l’œuvre ne disparaisse pas complètement.

C’est à ce moment-là qu’une autre hypothèse est apparue dans mon esprit : Et si Nora avait voulu protéger Edward Bach ? Et si Nora avait surtout voulu protéger l’œuvre ? Parce que dans les années 30 cette philosophie n’aurait peut-être pas trouvé un écho favorable auprès du grand public ?

Il serait facile, à partir de là, de faire de Nora Weeks la responsable de l’effacement de Mary. J’ai moi-même été tentée par cette lecture. Nous ne savons pas réellement quelles étaient ses motivations.

Après la mort de Bach, Nora s’est retrouvée avec une responsabilité immense : préserver un système thérapeutique encore nouveau, le faire connaître, et éviter probablement qu’il soit transformé, récupéré ou dénaturé.

Peut-être a-t-elle pensé qu’il fallait simplifier le message pour lui permettre de survivre et de se diffuser? Peut-être aussi qu’elle ne partageait pas la vision de Mary ? Ou qu’elle estimait simplement que cette dimension n’avait pas sa place dans la transmission officielle ?

Cette idée aussi a évolué en même temps que j’avançais dans mes recherches.

Des détails troublants font que cette interprétation ne semble pas tenir :

  • Mary Tabor a légué ses droits d’auteur à Nora Weeks.
  • Un texte signé Mary Tabor apparaît dans le livre de Nora Weeks Les Découvertes Médicales d’Edward Bach, Médecin, ce que j’interprète comme un clin d’œil ou un hommage.

Et si Mary Tabor s’était d’elle-même retirée sur la pointe des pieds ?

Ces questions restent encore aujourd’hui en suspens.

En tout cas, une partie de l’œuvre a continué à être transmise très largement tandis qu’une autre est devenue beaucoup plus discrète.

Un héritage qui n’a peut-être jamais complètement disparu

Pour autant, je ne pense pas aujourd’hui que cette dimension spirituelle ait réellement disparu.

Elle est restée présente dans les textes d’Edward Bach, elle a continué à vivre chez certains auteurs et praticiens.

Et elle réapparaît dès que l’on cesse de regarder les Fleurs uniquement comme des remèdes destinés à apaiser un état émotionnel.

Dans mon propre parcours, cette dimension fait profondément écho au travail que nous réalisons au sein d’Unité En Soi, méthode créée par Bernard Paolino, avec le Thème Floral : il ne s’agit plus seulement de chercher quelles Fleurs peuvent nous aider dans une difficulté du moment ou un trait de caractère, mais aussi de regarder ce qu’elles peuvent nous apprendre sur notre chemin, notre évolution et ce que nous sommes venus expérimenter dans cette vie.

C’est aussi pour cela que le travail de Mary Tabor me touche autant. Et peut-être qu’aujourd’hui le moment est venu de permettre à cette dimension d’être à nouveau connue plus largement.

Réunir ce qui a été séparé

Je ne pense pas qu’il soit nécessaire de choisir entre Nora Weeks et Mary Tabor, et encore moins d’opposer leurs héritages, bien au contraire.

Peut-être que comprendre réellement l’œuvre d’Edward Bach nécessite justement de réunir ce qui a été séparé : la simplicité des remèdes et la profondeur de la démarche, l’émotion et le message, l’âme et la personnalité, le soin et l’évolution intérieure, la partie visible de l’œuvre et ce qui se joue derrière elle.

Bien évidemment, je n’ai pas trouvé toutes les réponses. Il reste beaucoup de questions autour de Mary Tabor, mais aussi autour d’Edward Bach lui-même : un homme complexe, aux multiples facettes, profondément anticonformiste, avec ses contradictions, ses ombres et ses souffrances, mais sans aucun doute porté par son dévouement, son empathie, et son amour pour ses semblables. Et c’est peut-être ce qui m’a le plus surprise au cours de cette enquête.

Finalement, ce travail sur Mary Tabor m’a amenée beaucoup plus loin que je ne l’imaginais.

En cherchant Mary Tabor, j’ai redécouvert Edward Bach. Et cela a profondément changé mon regard sur lui : l’admiration que j’avais pour le médecin, le chercheur et le créateur des 38 remèdes s’est peu à peu muée en fascination pour l’homme lui-même. Car ce ne sont pas les traits lisses d’une icône figée dans le passé qui me touchent aujourd’hui, mais le parcours vibrant d’un homme libre, anticonformiste et profondément humain.

Sources et références

Ouvrages :
Ricardo Orozco, Fleurs de Bach – Le Pouvoir de la Spiritualité
Eduardo H. Grecco, Lluís Juan Bautista et Luis Jiménez, Mary Tabor: Enigma y Misterio
Les Conférences du Dr Edward Bach, Le Courrier du Livre
Julian Barnard, Sur les Traces du Dr Bach et de ses Fleurs
Nora Weeks, Les Découvertes Médicales d’Edward Bach, Médecin
Jan Stewart, Bach, Mary, Nora & Victor

Sites internet :
www.creaturecomforters.org
www.bach-flowers.co.uk

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